Je pousse la porte, la pièce est sombre, les volets sont clos. Seul une ampoule de couleur rouge éclaire l’endroit de façon à distinguer les probables obstacles. Un de ces morceaux de musique instrumentale qui vous accroche les tripes passe sur la chaîne stéréo. Sur le bureau sont disposées des dizaines de tasses à café, ainsi qu’un verre d’eau où trempe une de ces satanés pompes.
J’étais venue sans but aucun, je m’attendais à le trouver accroupi, prostré sur son tapis et sous la fenêtre comme à son habitude mais aujourd’hui, il n’y avait personne. Sa mère m’avait ouvert la porte, le visage fatigué. Elle n’était pas surprise de ma visite, elles devenaient habituelles étant donné que le seul moyen de voir son fils était de venir le voir depuis qu’il s’était cloîtré ainsi. Il ne répondait plus au téléphone, ce dernier était coupé depuis bien longtemps, « une source de mauvaises choses » disait il l’air concentré mais le regard dans le vide, cela le discréditait de toute conviction. Il était toujours flou et indifférent, cela ne me choquait plus.
J’avais réservé ma journée, ma soirée et ma nuit pour lui, du temps à perdre jusqu’au lendemain…Alors je décidais de m’installer sur son lit le temps qu’il revienne de je ne sais où. J’étais là depuis deux heures, peut être plus lorsqu’il est arriver. Je ne m’étais pas ennuyer, dans ce sordide endroit le temps semblait s’évanouir, alors jamais on ne pouvait se plaindre de le voir s’écouler sans rien faire.
Je me sentais coupée du reste de la terre et avait presque réussi à en disparaître l’espace de quelques minutes…
Il n’eu aucune réaction quant au fait que je sois avachie chez lui, il souri bêtement en fixant l’affiche au dessus de ma tête. Jamais nos regards ne se croisaient réellement. C’était cela entre nous, l’esquive des sujets ou des gestes blessants. Il pouvait ne rien se passer ou se dire durant des heures mais nous étions ensembles et cela nous suffisait. Une relation au dessus du désir et de la chaire, au dessus des mots et d’une quelconque explication. Juste une présence, rien d’autre ne comptait durant ces moments que l’on partageait. Tout ce qui était matériel disparaissait, même nos corps… Sans se regarder, sans se parler on se donnait l’importance que personne ne nous accordait. Nous étions l’exception de la vie de l’autre. L’un ne fonctionnait pas sans son double. L’autre vaquait dans la tête de son reflet…
Au petit matin, après avoir passer une nuit sans baisser les paupières nous nous abandonnions à nos plaisirs irréels, nos paradis artificiels. Je rassemblait mes affaires et partait en cours.
Jamais nous ne serions accro à tout cela, trop libres et indomptables pour s’accuser… malgré les blessures que l’on s’infligeait, malgré cette soirée où il a dérapé avant de redevenir l’animal qui se prive et s’enchaîne en quelques secondes…